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FOREWORD
THE DIFFICULTIES OF DINING
I WOULD be willing to make you, my dear sir, a very small
bet, that if in the early afternoon you go into the restaurant where you intend
to dine in the evening and disturb the head waiter, who is reading a paper at
one of the side tables, suddenly breaking the news upon him that you want a
simple little dinner for two at eight o’clock, and wish to commence the repast
with clear soup, he, in reply, after pulling out a book of order papers and
biting his lead pencil, will, a moment of thought intervening, suggest petite
marmite.
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THE following little essay on the duties of a maître d’hôtel which Mons. Joseph has sent me speaks most eloquently for itself:
MON CHER COLONEL—
Vous me demandez pour votre nouveau livre des recettes.
Méfiez-vous des recettes. Depuis la cuisinière bourgeoise et le Baron Brisse
on a chanté la chanson sur tous les airs et sur tous les tons. Et qu’en
reste-t’il ; qui s’en souvient ? Je veux dire dans le public aristocratique
pour qui vous écrivez, et que vous comptez intéresser avec votre nouvelle
publication, cherchez le nouveau dans les a propos de table, donnez des conseils
aux maitresses de maison, qui dépensent beaucoup d’argent pour donner des
diners fatiguants,
trop longs, trop compliqués ; dites leur qu’un bon diner doit être court,
que les convives doivent manger et non goûter, qu’elles exigent de leur
cuisinier ou cuisiniêre de n’être pas trop savants, qu’ils respectent
avant tout le goût que le bon Dieu a donné a toutes choses de ne pas les
dénaturer par des combinaisons, qui a force d’étre raffinées deviennent
barbares.
On a beaucoup parlé du cuisinier. Si nous [-xxiii-]
exposions un peu ce que doit être le Maître d’Hôtel.
LE MAITRE D’HÔTEL FRANCAIS
La plus grande force du Maître d’hôtel
français, je dis maître d’hôtel français a dessein, car si le cuisinier
français a su tirer parti des produits de la nature avec un art infini, pour en
faire des aliments aimables, agreables, et bienfaisants, le Maître d’hôtel
français seul est susceptible de les faire accepter et desirer. Or voilà pour
le Maître d’hôtel le champ qu’il a à explorer. Champ vaste s’il en fût,
car déviner avec tact ce qui peut plaire à celui-ci et ne pas plaire à
celui-là, est un problème a resoudre selon la nature, le temperament et la
nationalité de celui qu’il doit faire manger. Il doit donc être le conseil,
le tentateur, et le metteur en scene. Il faut pour être un maître d’hôtel
accompli, mettre de côté, ou du moins ne pas laisser percer le but commercial,
tout en étant un commerçant hors ligne (je parle ici du maître d’hôtel
public de restaurant, attendu que dans la maison particuliêre, le commerce n'a
rien à voir, ce qui simplifie énormement le rôle du maître d’hôtel. Pour
ce la il faut être un peu diplomate, et un peu artiste dans l’art de dire,
afin de colorer le projet de repas que l’on doit soumettre à son dîneur). Il
faut donc agir sur l’imagination pour fair oublier la machine que l’on va
alimenter, en un mot masquer le côté matériel de manger. J’ai acquis la
certitude qu’un plat savamment préparé par un cuisinier hors ligne peut
passer [-xxiv-] inaperçu, ou inapprecié si le
maître d’hôtel, qui devient alors metteur en scène, ne sait pas présenter
l'oeuvre, de façon a le faire désirer, de sorte que si ce mets est servi par
un maître d’hôtel qui n’en comprend pas le caractère, il lui sera
impossible de lui donner tout son relief; et alors l’oeuvre du cuisinier sera
anéanti et passera inaperçu.
Ce maître d’hôtel doit être aussi un
observateur et un juge et doit transmettre son
appréciation au chef de cuisine, mais pour apprécier il faut savoir, pour
savoir il faut aimer son art, le maître d’hôtel doit être un apôtre.
Il doit transmettre les observations qu’il
a pu entendre pendant le cours d’un diner de la part des convives,
observations favorables ou défavorables, il
doit les transmettre au chef et aviser avec lui. Il doit aussi être en
observation, car il arrive le plus souvent que les convives ne disent rien à
cause de leur amphitryon mais ne mangent pas avec plaisir et entrain le mets
présenté: là encore le maître d’ hôtel doit chercher le pourquoi. Il y a
aussi dans un déjeuner ou un diner un rôle très important reserve au maître
d’ hôtel. La variété agréable des hors-d’oeuvre, la salade qui
accompagne le rôti, le façon de découper ce rôti avec elegance, de bien
disposer ce rôti sur son plat une fois découpé, découper bien et vite, afin
d’ éviter le réchaud qui sèche. Savoir mettre a point une selle de mouton,
avec juste ce qu’il faut de sel sur la partie grasse, qui lui donnera un goût
agréable.
Pour découper le maître d’ hôtel doit
se placer [-xxv-] ni trop près ni trop loin des
convives, afin que ceux-ci soient intéressés, et voient que tous les details
sont observés avec goût et élégance, de façon à tenter encore les appetits
qui n’en peuvent
presque plus mais qui renaissent encore un peu aiguillonnés par le désir qu’a
su faire naître l'artiste préposé au repas, et qui a su donner encore envie a
l’imagination, quand l’ estomac commençait a capituler.
Le maître d’hôtel a de plus cette partie
de la fin du dîner, le choix d’un bon fromage, les fruits, les soins de
température a donner aux vins, la façon de decanter ceux-ci pour leur donner
le maximum de bouquet; le maître d’ hôtel ne peut-il encore être un
tentateur avec la fraise frappée (à la Marivaux)? La pêche à la
cardinal, qu’accompagne si bien le doux parfum de la framboise, légèrement
acidulé d’un de jus de groseille, notre grand carême qualifiait.
Certains plats de “manger des Dieux,” combien l’expression
est heureuse.
Depuis que je suis à
Londres j’ai trouvé un nombre incalculable “d’ inventeurs de ma pêche a
la cardinal.” II me faudra leur donner la recette un jour que j’ en aurai l’occasion.
N’est-ce pas de l’art chez le maître d’hôtel
qui tente et charme les convives par ces raffinements, et
qui comme un cavalier sur une moture essoufllée sait encore relever son courage
et lui faire faire la dernière foulée qui décide de la victoire? Après un
hon repas le maître d’hôtel a la grande satisfaction d’ avoir donné un
peu de bonheur à de pauvres gens riches, qui ne sont pas toujours des
heureux.
[-xxvi-]
Et comme l’a dit Brillat Savarin “Le plaisir de la
table ne nuit pas aux autres plaisirs.” Au contraire, qui sait si indirectement
je ne suis pas le papa de bien des Bébés rieurs, ou la cause au moins de
certaines aventures que mes jolies clientes n’evoquent qu’en souriant
derrière leur éventail?
JOSEPH
Directeur du Savoy Restaurant, Londres,
et du Restaurant de Marivaux, Paris.